Un criquet posé sur une tige de graminée grignote méthodiquement le bord d’une feuille. Son voisin, lui, préfère une fleur de trèfle. Cette différence n’a rien d’anecdotique : le menu du criquet change selon l’espèce, l’âge et la saison. Comprendre ce que mange cet insecte permet de mieux anticiper ses dégâts au jardin ou, à l’inverse, de bien le nourrir en élevage.
Criquet phytophage : toutes les espèces ne mangent pas les mêmes plantes
Le criquet est un insecte herbivore, qualifié de phytophage. Il se nourrit de feuilles, de tiges, parfois de fleurs, de fruits ou de graines. Mais le mot « herbivore » cache une réalité plus nuancée.
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Certaines espèces acceptent un très large éventail de végétaux. On les appelle euryphages. Le criquet pèlerin (Schistocerca gregaria) en est l’exemple le plus connu : il consomme des graminées, des céréales, des légumineuses, des arbustes et même l’écorce de certains arbres. Quand un essaim de criquets pèlerins traverse une zone cultivée, il dévore pratiquement tout ce qui est vert sur son passage.
D’autres espèces sont bien plus sélectives, dites sténophages. Elles ne s’alimentent que sur quelques familles de plantes. Un criquet des prairies européennes peut se limiter aux graminées sauvages et ignorer les cultures maraîchères voisines.
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Vous avez déjà remarqué des criquets dans votre jardin qui semblent épargner certaines plantes ? C’est souvent lié à cette spécialisation alimentaire propre à chaque espèce.
Alimentation du criquet selon les saisons : du printemps à l’automne

Les criquets ne mangent pas la même chose toute l’année, tout simplement parce que la végétation disponible évolue. Leur cycle de vie suit de près le rythme des saisons.
Printemps : les jeunes larves et les pousses tendres
Au printemps, les œufs pondus dans le sol éclosent. Les larves qui en sortent n’ont pas encore d’ailes. Elles sont minuscules et leurs pièces buccales, encore fragiles, se tournent vers les pousses les plus tendres : jeunes feuilles de graminées, plantules, parfois des trèfles naissants.
Les jeunes criquets privilégient les tissus végétaux mous et riches en eau. Ils n’ont ni la taille ni la force de mastiquer des tiges ligneuses.
Été : le pic d’activité alimentaire
En plein été, les criquets adultes atteignent leur taille maximale. Leurs mandibules, puissantes, découpent désormais des feuilles entières. C’est la saison où les dégâts au jardin sont les plus visibles.
Le criquet découpe la feuille par le bord, en progressant méthodiquement. Ses pièces buccales de type broyeur sectionnent et mastiquent les tissus végétaux solides. Un adulte peut consommer chaque jour une quantité de végétaux représentant une part significative de son propre poids.
Automne : la raréfaction du menu
Quand les températures baissent, la végétation sèche. Les criquets encore actifs se rabattent sur ce qui reste : feuilles jaunissantes, débris végétaux, parfois des matières organiques en décomposition. Cette flexibilité alimentaire leur permet de survivre quelques semaines supplémentaires avant la fin de leur cycle.
Criquets opportunistes : au-delà du régime strictement végétal
On présente souvent le criquet comme un pur herbivore. La réalité est un peu plus nuancée. Certains criquets consomment des matières organiques mortes, des champignons et parfois de petits insectes.
Ce comportement opportuniste s’observe surtout quand la nourriture végétale fraîche se fait rare, en fin de saison ou dans des milieux très secs. Des observations décrivent des criquets ingérant des cadavres d’insectes ou des fragments de végétaux en décomposition.
Ce n’est pas leur régime principal, mais cela montre que le criquet adapte son alimentation à ce que son environnement lui offre. En élevage, cette capacité d’adaptation est exploitée : les éleveurs proposent des compléments variés selon les besoins.
Nourrir des criquets en élevage : un menu adapté au stade de croissance

Si vous élevez des criquets pour nourrir un reptile, le menu que vous leur donnez a une importance directe. La technique du « gut-loading » consiste à enrichir l’alimentation du criquet juste avant de le distribuer à l’animal, sur une fenêtre de 24 à 48 heures.
L’objectif est simple : le reptile absorbe indirectement les nutriments présents dans le tube digestif du criquet. Un criquet nourri avec des légumes frais et un complément en calcium sera bien plus nutritif qu’un criquet ayant mangé du carton.
Le menu d’élevage varie aussi selon l’âge du criquet :
- Les jeunes larves reçoivent des aliments plus riches en protéines, avec peu de végétaux frais au début, pour soutenir leur croissance rapide.
- Les adultes tolèrent davantage de légumes frais (carottes, courgettes, feuilles de pissenlit) et bénéficient d’un apport minéral régulier.
- Avant la distribution au reptile, le gut-loading privilégie les végétaux à forte densité nutritive et les compléments calciques.
Espèces de criquets et préférences alimentaires : quelques repères
Toutes les espèces de criquets ne posent pas les mêmes problèmes au jardin. Voici les distinctions les plus utiles :
- Le criquet pèlerin (Schistocerca gregaria) est le plus redouté. En phase grégaire, il forme des essaims capables de ravager des cultures entières dans les pays d’Afrique et du Moyen-Orient. Son régime est extrêmement large.
- Le criquet migrateur (Locusta migratoria) se nourrit principalement de graminées. C’est l’espèce la plus courante en élevage pour l’alimentation des reptiles.
- Les criquets européens des prairies, souvent de petite taille, se limitent aux herbes sauvages et causent rarement des dégâts notables au jardin.
La distinction entre espèces euryphages et sténophages est le critère le plus fiable pour évaluer le risque sur vos cultures. Un criquet sténophage installé dans une prairie voisine ne viendra probablement pas dévorer vos tomates.

Le régime alimentaire du criquet dépend donc de trois facteurs qui se croisent : l’espèce, le stade de développement et la saison. Un criquet pèlerin adulte en été n’a pas grand-chose en commun avec une jeune larve de criquet des prés au printemps. Pour protéger un jardin, identifier l’espèce présente reste la première étape utile avant de chercher une solution.

