Fabriquer un piège à frelons efficace avec des astuces simples

L’expansion du frelon asiatique, Vespa Velutina, sur les terres galiciennes a pris des proportions vertigineuses depuis 2014. Année après année, il s’installe plus loin, gagnant peu à peu le reste de la péninsule. Lorsque la chaleur s’installe, la chasse bat son plein : velutina multiplie les attaques, nourrit sa colonie, prépare la relève. Face à cette menace, rester les bras croisés condamne les ruches. Ce n’est pas qu’une affaire d’apiculteurs : la sécurité de tous, l’équilibre de notre environnement, tout y passe.

Pour barrer la route à ce prédateur, les acteurs du secteur n’ont pas attendu un mouvement d’État pour passer à l’action. Les dispositifs maison, ingénieux ou plus sophistiqués, se multiplient. Parmi ces inventions, la harpe électrique se distingue. Déployée dans les ruchers dès les premiers assauts, elle a fait ses preuves sur le terrain, repoussant la menace frelon de façon spectaculaire. Son déploiement, fruit d’expérimentations collectives faute d’impulsion nationale, marque un tournant. Résultat : un système autonome et économique s’est imposé, chaque bricoleur y allant de son ajustement pour gagner encore en efficacité, toujours dans le respect de la vie autour des ruches.

Ce piège électrique, désormais mâtiné d’énergie solaire, ne se contente plus de bricolages approximatifs. Des plans circulent, accessibles à tout amateur, pour assembler soi-même le dispositif en suivant quelques consignes rigoureuses.

Comment ça marche ?

La logique est redoutable et très concrète : une harpe de forme rectangulaire, haute d’environ un mètre, sur laquelle sont tendus des fils métalliques alimentés en tension. Les fils, espacés de deux centimètres, laissent passer librement les abeilles tandis que la Vespa Velutina, plus massive, se heurte au piège et subit une décharge qui la neutralise. Certains choisissent d’ajouter un bac d’eau sous la harpe, histoire d’achever les frelons désorientés, mais cela reste une option.

L’efficacité se mesure sur deux plans : la harpe élimine les frelons, mais agit aussi comme une barrière psychologique. Beaucoup constatent une baisse réelle de la pression autour des ruchers équipés, là où le prédateur prend la fuite ou change de cible. En clair, la harpe sélectionne sa proie tout en intimidant ses congénères.

Pour les abeilles, le risque d’accident demeure minime. Leur vol précis allié à la faible largeur des fils leur permet de franchir l’obstacle sans autre conséquence qu’un léger détour, tandis que la Vespa Velutina, moins agile, finit prise au piège.

En quoi la harpe diffère-t-elle des autres pièges ?

Face à la menace, deux familles de pièges subsistent : les systèmes à appât et la harpe électrique. Leur combinaison a prouvé sa pertinence : l’appât trouve sa place lors de la fertilisation des reines, tandis que la harpe prend le relais pendant les mois d’été, de juin à septembre, période de prédation accrue.

Sur le plan environnemental, l’écart de performance est frappant. Selon une étude menée par l’Université de Vigo et celle de Saint-Jacques-de-Compostelle, les pièges à appât n’interceptent en moyenne qu’un frelon asiatique sur cent insectes capturés. Ce chiffre dit tout de l’impact de ces outils sur la biodiversité. Avec la harpe, la donne change complètement : 68 % des captures concernent Vespa Velutina. Le reste regroupe quelques guêpes locales, papillons ou autres passants occasionnels, mais en très faible proportion.

L’usage de la harpe doit tout de même être restreint lors de la reproduction et de l’émergence des nouvelles reines. Pour éviter d’ébranler l’équilibre du rucher, on module donc le calendrier des pièges selon le cycle biologique du frelon.

Où et comment installer la harpe ?

L’installation favorise une disposition en rangées, les ruches espacées de 15 à 20 centimètres. La harpe s’installe perpendiculairement aux entrées : les abeilles s’alignent vers la sortie, quand la velutina, elle, tente des vols transversaux qu’elle paie cash devant ce corridor électrique.

La règle pour s’y retrouver : placez une harpe au début et à la fin de chaque rangée, plus une au milieu pour chaque groupe de cinq ruches. Si dix ruches forment la ligne, multipliez. Pour cinq, trois suffisent : début, fin, milieu.

Pour garder l’efficacité du barrage, il est bon de déplacer les pièges toutes les deux à trois semaines. Certains vont plus loin, ajoutant des filets ou des banderoles pour canaliser toutes les trajectoires au bon endroit, là où la harpe fait barrage.

Dès qu’un grand rucher entre en jeu, la disposition s’adapte. Deux rangées face à face, les sorties tournées l’une vers l’autre, peuvent se partager une seule harpe centrale. De quoi protéger dix colonies avec un seul piège et réduire l’investissement technique au strict nécessaire.

À quel moment utiliser la harpe ?

Pas besoin de l’activer dès le printemps. La harpe intervient quand l’invasion devient tangible, et doit rester inactive lors des périodes d’essaimage ou de reproduction des reines, au risque d’entraver le renouvellement naturel des colonies.

Le meilleur timing ? Dès juin, juste avant la vague des accouplements. Puis, à compter du début août, l’ajout de réducteurs d’entrée sur les ruches limite aussi les risques, en restreignant l’accès aux piqueras et aux assauts des velutinas.

Assembler une harpe électrique : le détail pièce par pièce

Le piège se construit autour de deux éléments principaux :

  • Une plaque électronique qui sert d’alimentation
  • La structure physique de la harpe elle-même

Rien n’empêche de souder soi-même la partie électronique, mais beaucoup gagnent du temps en achetant des cartes déjà prêtes, adaptées à une alimentation solaire, batterie ou secteur. Parmi les solutions fiables, certaines boutiques spécialisées proposent des plaques conçues pour cet usage, souvent prêtes à brancher sur différents types d’alimentation. L’énergie solaire reste le choix privilégié pour l’autonomie et la simplicité.

Un kit comprend en principe une boîte étanche IP55, la carte électronique elle-même et six petits panneaux solaires de 110 x 68 mm, pour assembler rapidement le module sur un support incliné à 45 degrés et optimiser la captation de lumière.

Matériel pour une harpe économique en PVC

Construire une harpe à moindre coût suppose d’anticiper quelques points de vigilance. Un montage en PVC affiche une faiblesse dès que la pluie s’en mêle : des arcs électriques se forment parfois entre les pôles, brûlant les fils et puisant dans la batterie. Opter pour une structure métallique isolée serait l’idéal, mais le PVC permet tout de même de s’équiper avec une alimentation délivrant 1350-1400 volts DC.

Sous la pluie, pas d’abeilles dehors, donc un court-circuit temporaire n’aura guère de conséquences sur la colonie. Côté matériel, comptez :

  • Accessoires en PVC
  • Coudes
  • Joints en T
  • Bouchons
  • Segments de caoutchouc
  • Colliers de serrage
  • Écrous inox (M5)
  • Tiges filetées en acier de 0,4 mm

Pour le coût, la facture atteint environ 23 euros pour toute la structure : tubes PVC, barres d’acier inox et fil compris.

Étapes du montage de la structure

On attaque en débutant par l’assemblage des pieds : chaque section de 28 cm reçoit ses bouchons.

Ces sections sont ensuite insérées dans les joints en T, puis consolidées par la pose de segments de 15,4 mm aux extrémités libres des raccords.

La suite consiste à assembler tout ce qui soutiendra les fils.

Le cadre terminé, percez les pieds avec un foret de 5 mm et insérez une vis pour que les pieds restent amovibles lors des déplacements. Inutile de les coller : la mobilité facilite l’installation partout où le besoin se fait sentir.

Découpez les tiges filetées à 87 cm et insérez-les d’un côté du cadre, sans aller jusqu’au bout, afin d’intégrer les segments de caoutchouc. Si nécessaire, percez avec un foret de 5 mm.

La tige supérieure reçoit un tronçon de caoutchouc de 2 cm, un de 4 cm, puis de nouveau 2 cm, alternant ainsi les points de contact des fils avec les tiges sans jamais permettre court-circuit entre haut et bas. Sur la tige inférieure, tous les caoutchoucs font 4 cm, sauf les extrémités à 2 cm.

Fixez les deux tiges sur la partie haute et basse du cadre avec des colliers, pour que la tension des fils ne torde pas la structure.

Les fils d’acier, coupés à 1,5 m, se fixent alors. Chacun doit toucher la tige uniquement dans l’espace prévu par les segments de caoutchouc. Pour éviter les erreurs, fixez les extrémités au-dessus des caoutchoucs : si le fil est attaché en haut, faites-le descendre en bas sur le caoutchouc. Procédez de même en alternant pour chaque fil.

Poursuivez le montage fil par fil, dans cet ordre précis.

Retirez les bouts excédentaires de fil et de colliers. Lors de l’installation, gardez les fils assez lâches ; la tension finale viendra avec un tendeur de fil, le même outil que pour le montage de cadres de ruches. Pour sécuriser, tendez-les toujours du bas vers le haut à gauche, du haut vers le bas à droite.

Dernier geste : installer un récipient d’eau sous la harpe pour finir le travail.

Désormais, la route du frelon asiatique n’est plus une voie royale. En barrière silencieuse mais implacable, la harpe électrique incarne ce nouvel élan d’ingéniosité et de combativité. Le chapitre reste ouvert : à chaque apiculteur, amateur, chevronné ou novice, d’apporter sa pierre, là où la sauvegarde des abeilles se joue jour après jour.

Ne ratez rien de l'actu